Une vie qui s’éteint, subitement. Cette Sa…pe de Faucheuse est venue moissonner son définitif impôt en quelques minutes. Elle ne prévient pas toujours. Quelquefois oui. Avec tout le vice dont elle est capable, elle te laisse le temps de sonner toutes les alarmes, d’appeler tous les renforts que tu connais.
Alors on se bat disposant nos pièces sur ce Grand Échiquier de la Vie et de la Mort. Le Blanc et le Noir, le Rose et le Bleu…on en voit de toutes les couleurs.
La Sombre Marâtre à la Grande Faux avance ses pions. Déstabilisant le rythme d’un cœur fatigué, elle met une respiration en pause. Elle fait dériver une conscience vers les limbes de l’oubli.
Ok , saleté ! Je connais ta façon de faire et, moi aussi, j’avance mes pièces. Premiers gestes d’urgence puis on appelle la Cavalerie. Une jeune Urgentiste, précise, organisée, efficace. Pas de mots inutiles. De l’action pure. Elle a compris en quelques secondes la litanie des « constantes » perturbées dont je lui fait lecture et …on contre-attaque.
On s’est approché, en rusant, vers la ligne de touche. Le but n’était plus très loin pour pouvoir gagner. Hélas, l’attaque du Fou en diagonale a écrasé les défenses qu’on avait mis en place. Patiemment, précisément, on a réussi à « relancer la machine » mais c’était sans compter d’autres fourberies dont la Camarde a le secret .
On a perdu. Un patient, une vie. Une de plus. Put…de job ! Je le sais bien ; qu’un jour ou l’autre, on finit toujours par perdre. Question de temps.
On essaie « d’avaler la pilule ». Une fois de plus. Elle a toujours cet horrible goût amer. Tu as beau y mettre « tout le sucre » que tu veux…ça ne passe pas mieux.
Tu finis par « devoir continuer » ; d’autres t’attendent, ton petit barda est juste un peu plus lourd à porter.
Le Soleil est toujours là, le Ciel est toujours bleu. Mais là je n’y ai vu que nuances grises et noires.
Mais, c’est bien connu, …après la pluie vient le beau temps !i…Une impression d’avoir pris une méchante baffe en pleine cafetière. On a beau savoir que « ça fait partie du jeu », ce n’est pas pour cela que c’est facile à accepter. On finit par se retirer, doucement avec un silence que l’on doit à ceux dont c’est un jour de souffrance.
Pas de connerie du style « je sais ce que vous ressentez…bla-bla-bla… ». Non c’est faux. La seule chose que j’ai appris c’est que chaque douleur est unique. Dans ce cas il vaut mieux ne rien dire. Il n’y a plus que les yeux qui « parlent » et cela suffit.
Ensuite, selon la formule « la vie continue »…pour les autres. Ceux qui peuvent encore manœuvrer leurs pièces sur l’Echiquier et tenter de déborder à la gaffe les assauts de la Saleté Morbide et ses coups de boutoir.
Et puis dans tout ce Peuple de Souffrants, tu as un petit gars. On va l’appeler Benjamin. Vu son jeune âge, dix ans, cela lui ira très bien.
Il est né avec une pathologie qui se soigne, mais ne se guérit pas. Du moins pas encore ( ça c’est mon côté rêveur optimiste ) : un diabète insulino-dependant.
Benjamin c’est ma « bouffée d’oxygène pur » dans une journée de travail. Quand on le voit comme ça et « qu’on ne sait pas », il est comme tous les autres gamins de son âge. Il court, il saute, il braille à tu et à toi pour qu’on passe le ballon et qu’on égalise ou qu’on dépasse le score adverse.
Il est passionné lui aussi. Lui c’est le Foot, moi c’est la moto. Alors on cause, on partage, on commente nos joies respectives. On oublierait presque qu’il peut « faire » comme tous les autres gosses de son âge grâce à une merveille de technologie miniaturisée : une pompe à insuline.
Mais bien entendu si la pompe à insuline « fait des merveilles » question vie quotidienne, il faut quand même surveiller l’engin et contrôler qu’il n’y pas de « fantôme dans la machine ».
Formalité expédiée, Benjamin abandonne le sérieux avec lequel il peaufine les « réglages » ; sous mon regard attentif, de cette fantastique petite machine qui lui permet de « vivre » presque normalement. Il ne tarde pas à reprendre l’espièglerie qui est la sienne et je me dis que cela fait du bien de voir ça.
Je passe le « voir » tous les jours où , moi aussi, je vais à l’école m’assurer que tout va bien durant son temps de « présence scolaire ».
Il est fascinant de maturité ce gamin. Il est vrai que la pathologie congénitale l’a déjà bien fait grandir. Heureusement, pas trop vite. Alors une fois nos obligations respectives achevées on s’assoit un moment et « on cause »….Foot, moto….Il me parle de « ses champions », je lui parle des miens. On compare les couleurs des Écuries du MotoGP et il tente de m’apprendre celles des différents clubs de Foot tenant la cime des Clubs Champions, de la Coupe d’Europe et ses pronostics sur la Coupe du Monde.
On ne parle pas « Études ». Ça gâcherait l’ambiance. Et puis ses parents doivent s’en charger suffisamment sans que je le fasse « suer » avec des questions de…vieux !
Malgré son diabète qui lui a déjà fermé quelques portes, il conserve un regard encore empreint de rêves et d’optimisme sur l’avenir. Quelle merveille que la Jeunesse. Et ça fait un bien fou de l’écouter discourir sur le futur.
Arriva la fin de l’année scolaire et comme d’habitude on allait se dire au revoir pour les Vacances. Le dernier jour d’école je suis passé le voir comme prévu. Comme d’hab’ pas de soucis, contrôles tous dans le vert et mon « petit monstre » avec sa pêche habituelle.
C’est au moment de nous dire « A’ Tchao, on se revoit à la rentrée » qu’il me dit :
- Attends-moi, je reviens !
Bon, ok , j’ai eu le temps de la voir courir vers sa classe d’où il est revenu avec un petit sachet brillant…
Tiens, c’est pour toi, me dit-il, en me tendant le sac décoré avec un regard et un sourire malicieux.
Là je suis resté un instant sans voix. J’ai fini par retrouver la parole pour le remercier. Mais qu’est-ce qui me vaut cette attention ?
Y’a tout dedans, regarde me répondît-il
En effet, dans le sachet il y avait une petite carte écrite de sa main et une petite boîte en carton en forme de cube.
Sur la carte il me remerciait pour être venu le voir à l’école tout au long de l’année et je ne savais déjà plus quoi dire…
Là où ma mâchoire a failli se décrocher c’est quand j’ai ouvert le petit carton en forme de cube.
A l’intérieur, il y avait ça

Je suis demeuré muet d’étonnement puis je l’ai remercié avec beaucoup d’émotion. Ah le bougre ! il m’a ému sur ce coup-là , comme jamais. J’avais la gorge subitement un peu serrée et j’ai eu grand mal à retenir la pluie qui s’annonçait dans mes yeux.
Ça faisait une sacrée mayonnaise question émotion, ce matin-là.
Tout s’est fini par un éclat de rire parce que je lui ai dit que c’était très, très, très exagéré ce qu’il y avait marqué sur le mug !
Il était ravi le farceur, d’avoir « fendu la paillasse » du Vieux. Encore une belle leçon de vie et un petit bonhomme qui aura toujours une grande place dans mon cœur.
Foutue vie. Elle me surprendra toujours et plus encore ces gosses qui te remettent ; quelquefois, les idées en place comme personne.
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